Christelle Garnier- NORML: réguler pour mieux protéger

ParlonsCanna

Dans ce nouvel épisode de Parlons Canna, nous recevons Christelle Garnier, membre du bureau exécutif de NORML France. Il s‘agit d’une association indépendante connue mondialement, avec plus de 1500 adhérents et très active sur les réseaux sociaux. Elle œuvre dans l’information des citoyens, la réduction des risques pour les usagers du cannabis et la régularisation de la filière. Au milieu de tout ça, Christelle milite et chasse des informations pour que tout le monde sache la vérité sur la plante. Sans plus attendre, voici son parcours et sa vision de l’avenir du marché en France.  

Sa personnalité, son parcours

Christelle est une jeune maman accomplie de 35 ans qui travaille comme professionnelle des ressources humaines, et s’engage aussi en tant que bénévole chez NORML. Sa rencontre avec l’association ne s’est pas faite par hasard, car elle est une consommatrice occasionnelle. Au départ, elle pensait que la weed était une chose dangereuse comme l’héroïne. De plus, les personnes qu’elle voit consommer sont pour la plupart des gens peu recommandables. Pour satisfaire sa curiosité, elle teste toute seule le cannabis sans l’influence de personne. De cette première expérience, elle découvre l’énorme gap entre l’idéologie prohibitionniste et la réalité. 

Peu de temps après, elle découvre NORML sur les réseaux sociaux, et tombe sur des publications qui parlent des saisies de cannabis de la police. Mais Christelle remarque que les informations ne sont pas claires. Voulant mettre les points sur les i, elle se rapproche de l’association. 

Son arrivée chez NORML

Christelle est une personne qui ne fait pas de quartier. Quand elle se lance dans un projet, elle y va à fond. Lorsqu’elle rejoint NORML, elle y travaille comme bénévole. Affectée au pôle information, elle chasse les infos pour répondre aux gens qui veulent des renseignements. Mais là, elle réalise qu’elle n’a pas encore toutes les données en mains, et suit donc une formation. Plusieurs thèmes sont abordés: santé, réduction des risques, sociologie, histoire, droit, botanique. Cette initiation au cannabis était un véritable boom d’informations. 

Comment en est-elle arrivée là?

De base, Christelle est quelqu’un d’assez réservé, mais plus rien ne l’arrête depuis le début de son aventure chez NORML. Elle est allée de formation en formation, puis s’est investie jusqu’à se proposer membre du bureau exécutif. Elle partageait sa vie avec un consommateur de cannabis averti qui connaissait déjà beaucoup la plante. Aujourd’hui, elle est fière d’en savoir plus que lui sur le sujet et d’avoir réussi à le faire adhérer à l’association. Pour elle, c’est le début du militantisme. Ce qui l’a amenée là, c’est le besoin d’en parler et d’informer. Et puis la question de l’usage féminin est aussi apparue. 

Pourquoi tu te bas chez NORML?

À l’époque, le film “The women of Weed” venait de sortir aux États Unis. Elle se lance à la recherche de la version française sous-titrée sur Instagram, mais aucun résultat. À la place, une personne lui propose de mettre des sous-titres sur la version originale. Comme elle se débrouille plutôt bien en anglais, elle accepte de faire la traduction. 

Avec cette démarche, Christelle plonge dans une autre dimension de l’entrepreunariat féminin. En fait, son but n’est pas de créer sa propre boîte mais de faire partie de cette sorte de sororité. Voir des femmes dans son entourage est comme un accomplissement, car elles sont encore sous-représentées dans le milieu du cannabis. 

Être une femme de couleur est aussi une des raisons qui l’ont poussé à se joindre au mouvement. Pour elle, c’est un moyen de combattre la discrimination, d’aider les autres et de porter leur voie. 

Chez NORML, les adhérents actifs ont une chose en commun. Ce sont des personnes qui se sentaient seules et qui se sont retrouvées, liées par la même chose: l’engagement. Ces personnes s’engagent parce qu’elles ont ras le bol des clichés et des préjugés. 

“Factuellement, une fois qu’on connaît la vérité, ça pique de voir du n’importe quoi. Par exemple, la prohibition ne fonctionne pas. On va dire que c’est par faute de moyens, qu’il n’y a pas assez de force de l’ordre… La vérité c’est qu’aucun pays qui soit sorti de la prohibition n’a vu sa consommation de cannabis augmenter. Au contraire.” 

La prohibition ne marche pas

Selon Christelle, les américains ont mis la prohibition en place pour pouvoir garder le contrôle sur la population et continuer à la persécuter. C’est la même chose en France aujourd’hui. Pour pouvoir contrôler le peuple et continuer de persécuter les gens du quartier, il faut un motif au gouvernement. Pourtant, on voit bien que la prohibition ne fonctionne pas. 

Les gens continuent de consommer, et le nombre de consommateurs ne fait même qu’augmenter. En Europe, la France est le plus gros consommateur de cannabis. Paradoxalement, elle a le plus gros arsenal répressif. 

« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » dixit Albert Einstein.

La vérité est déformée

Pour Christelle, il y a tout un tas d’infos biaisées dans le système. Elle poursuit avec un autre exemple:

“Prenons le cas de la schizophrénie. C’est vrai qu’il y a des gens qui ont commencé à avoir cette maladie après avoir consommé du cannabis. Mais en fait, n’importe quel autre facteur aurait pu déclencher la maladie. La vérité c’est que génétiquement, la personne avait déjà la maladie en elle. Il y a donc un terrain au départ. Qu’elle consomme ou non, elle peut se déclencher à un moment donné. En soi, le cannabis n’est pas un élément déclencheur.”

Aujourd’hui , la prohibition est partout. Les gens se font arrêtés sans être de gros délinquants, les réseaux de dealers s’enrichissent, le produit n’est pas contrôlé. On n’a pas accès à l’information parce que personne ne peut communiquer sur l’interdit. C’est contre ça que NORML France combat.

Réduire les risques et maîtriser les produits

Les armes de l’association sont la réduction des risques et le contrôle de la qualité des produits. 

“Quand on laisse les usagers s’approvisonner par le marché noir, ils sont face à un produit qui peut être totalement dangeureux, voire même plus que le simple fait de consommer du cannabis. Mais consommer du cannabis n’est pas non plus anodin, parce qu’il y a différents modes de consommation, qui jouent sur le système cardio vasculaire et sur le système respiratoire. Comment peut-on diminuer les mauvais effets en donnant un produit qui est mauvais? C’est là où on prend conscience qu’il faut aller au-delà de l’aspect moral. La question n’est plus de savoir si c’est bien ou pas de consommer des stupéfiants. Aujourd’hui, la question c’est comment protéger la population et les usagers. C’est là ou on entre en conflit avec les institutions, qui pensent qu’il faut tout simplement arrêter de produire et de consommer du cannabis. Le fait est qu’on ne peut pas se mettre au dos de tous les usagers, avec 17 millions d’expérimentations. Comment leur dire non il ne faut pas faire ça? Comme on ne peut pas maîtriser cet aspect, il faut essayer de maîtriser au niveau du produit”.

Réguler, maîtriser, protéger

NORML est pro régulation du marché. L’association met en avant le modèle cannabis social club et l’auto production. Le cannabis social club est une association de consommateurs, où les adhérents peuvent par exemple s’occuper de la production. L’autoproduction c’est le fait d’être autorisé par l’État d’avoir des plants réservés à la consommation personnelle chez soi. Les deux principes peuvent se complémenter pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas produire chez eux. En d’autres termes, ils délèguent à l’association. Il faut aussi savoir qu’il faut un minimum de savoir-faire pour cultiver. Justement, le cannabis social club est un endroit encadré, avec des règles spécifiques et où la qualité de production est maîtrisée. Toutefois, NORML n’est pas fermée à d’autres propositions. Elle a conscience que la mise en place de ce modèle en France se fera sous certaines conditions. En effet, il faudra s’adapter à la législation, à la situation locale et aux aspects culturels. 

“Par exemple, la régulation faite au Canada n’est pas forcément adaptable dans l’Hexagone, mais on ne recherche pas non plus l’abondance comme en Californie”.

L’avenir du THC en France

Christelle pense que le destin du THC est déjà tout tracé. 

“La situation va forcément changer et ce qui se passe en ce moment c’est un peu le chant du cygne. Les politiques font tout simplement de la résistance mais ils savent qu’ils n’auront  pas le choix. L’encadrement est un passage obligé”. 

D’ailleurs, l’Allemagne est déjà en train de prendre ce chemin. Même si ce n’est pas encore abouti, ça peut influencer la perception des français et des politiques. 

Si la situation évolue et que l’État attribue le marché aux grosses boîtes, elles peuvent cannibaliser les petits producteurs, les commerces de proximité, et les cannabis social club. Selon Christelle, il est trop tôt pour dire si NORML est préparée à un tel choc.

“L’avenir nous le dira. Ce dont on est sûrs, c’est que nous sommes assez forts pour faire avancer les choses avec les adhérents, les membres actifs, les bénévoles et les partenaires. En tout cas, notre message restera le même”.

Le modèle cannabis social club est pour elle une façon de ne pas donner trop de force à “big canna”. Si nous parvenons à la régulation, il nous faut au moins la possibilité de faire de l’autoproduction pour les cannabis social club. L’objectif est de mettre en avant les modèles non marchands.

Impact de NORML sur le gouvernement

Christelle affirme que l’association a accès aux institutions. En 2021, ils ont participé à la mission d’information parlementaire sur la réglementation et l’impact des usages du cannabis. Ils ont aussi produit une note d’information de 80 pages sur leur modèle de régulation, disponible sur le site internet et sur les réseaux sociaux. Ainsi, ils ont la possibilité de faire remonter le message, mais la majorité des politiques est contre. En fait, la seule chose qui les retient, c’est l’électorat qui se trouve derrière. Il faut donc agir doublement, sur les décideurs et aussi sur l’opinion publique. 

L’un des principaux objectifs de NORML est d’informer le grand public. L’association ne représente pas seulement les usagers, mais aussi la société civile. D’ailleurs, beaucoup de ses bénévoles ne sont pas du tout consommateurs. Ils s’engagent parce qu’ils ont compris qu’au-delà du fait de vouloir consommer et d’être libre, on doit aussi protéger la population. Bref, il faut réguler pour mieux protéger.

Comment adhérer à NORML?

Pour devenir adhérent de NORML, il faut aller sur le site et cliquer sur le bouton adhérer. Différentes formules allant de 15 à 70€ sont proposées. Cela donne accès à l’espace adhérent, aux informations exclusives, aux codes promos vers les partenaires, et pas n’importe lesquels. En effet, il y a une charte et une éthique à respecter pour vraiment protéger les usagers et les adhérents. Par ailleurs, des réunions mensuelles sont organisées dans un espace de discussion sur Discord. Cet espace est réservé aux adhérents ainsi qu’aux sympathisants.

Le savoir est une arme, et la mission de NORML est de transmettre de l’information sourcée. Avec son collège d’experts et ses nombreux spécialistes, l’association a tout pour réussir cette mission. Ce sont des personnes qui s’y connaissent: addictologues, sociologues, avocats, médecins, experts en botanique, experts en réduction des risques. Tout ce qui leur manque aujourd’hui, c’est la visibilité. 

Scoring

Peu avant les élections, NORML a mis en place un outil de scoring, à la disposition des citoyens. Le but du jeu est de voir la perception des élus sur le cannabis. Il suffit d’aller sur le site internet et de rechercher celui ou celle à qui vous donnez votre vote. S’ils s’y prêtent, les élus répondent à 5 questions, leur attribuant un score. Ce score permet d’évaluer s’il est  de compatibilité avec les idées de régulation de l’association. 

“Nous essayons de contacter les politiques pour que ça puisse avancer. Cependant, c’est aux citoyens de faire le pas, parce qu’on ne le fait pas pour l’association, mais pour le grand public. Il faut que chacun apporte sa part de contribution parce qu’au final, le bénéfice sera partagé entre tous, usagers ou non usagers.

Pour finir, Christelle Garnier transmet le message suivant aux citoyens. 

“Rejoignez l’association, cette communauté investie qui aspire au changement.”

Rendez-vous sur Parlons Canna pour d’autres ??donner la voie à d’autres acteurs du monde du CBD et du cannabis légal en France et en Europe.

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