Farid Ghehioueche – Cannaparade et l’appel du 18 joint: quand le peuple de l’herbe se mobilise

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Aujourd’hui dans Parlons Canna, nous donnons la voix à Farid Ghehioueche. Militant actif, il est membre de Cannabis Sans Frontières, initiateur du mouvement Cannaparade, participe à l’appel du 18 Joint. Engagé dans le combat pour la légalisation du cannabis depuis des années, il nous dévoile son parcours. Nous allons aussi démystifier les raisons de son militantisme, et savoir comment il voit le marché du CBD de demain.   

Qui est Farid Ghehioueche? 

Farid Ghehioueche est âgé de 50 ans, et père de 2 enfants. Originaire de Lyon, il vit avec sa famille en banlieue parisienne. Sa première fois avec le cannabis remonte à ses 16 ans. À l’époque, il l’expérimente en cachette dans la rue. Puis, il rencontre des vieux dans une foire à l’ancienne de son village. Ces derniers cultivent des pieds de chanvre et valorisent les métiers du milieu. Grâce à eux, il découvre la face cachée de la plante.

À part l’usage récréatif, elle est aussi utile pour se soigner, faire du textile, de l’isolation et de l’éclairage. Ayant pensé que la plante était importée, il découvre qu’elle est liées à la France depuis des années. L’histoire de la canebière est un exemple proche. Un des ouvrages qui lui a aussi permis de se constituer un background de connaissance est Fumée Clandestine. Ce livre est écrit par Jean Pierre Galland, initiateur du CIRC (collectif d’informations et de recherche cannabique).

Quel est son parcours? 

L’Hexagone est un gros producteur de chanvre, et même la plus grande surface cultivée en Europe. Mais dans sa région, le rouissage du chanvre était interdit par le préfet. Pourtant les producteurs n’avaient que peu de pieds de chanvre et cultivaient traditionnellement. Révolté, Farid passe deux ou trois fois en garde à vue. À 19 ans, il se tient devant le juge, avec un discours pro chanvre :

“Ce n’est pas vous ni le flic qui m’a arrêté qui vous méprenez, c’est le législateur”. 

Avec ce discours, le procureur l’accuse de:

“vouloir rajouter une tare à la France en plus de l’alcool et du tabac, et semer la zizanie dans la société française”

Pourtant, si on regarde en Hollande, les problèmes ne sont pas les mêmes qu’en France. 30 ans après la légalisation des coffee shop et la loi de la tolérance, le cannabis est banalisé. Ici, on ne voit pas les problèmes tels qu’ils sont. La société se fourvoie dans des impasses en l’interdisant pour protéger la jeunesse.

Pourquoi s’engager très tôt dans ce combat?

Les lois violent les libertés individuelles

Farid Ghehioueche a toujours eu un esprit rebelle. C’est illogique et incompréhensible que la norme ne soit pas respectée. Même si nul n’est censé ignorer la loi mais la loi, elle n’est marquée dans la pierre. En effet, elle est censée évoluer, mis à part les grands principes comme la DUDH. Mais même à côté de ces principes, pour lui la loi Française viole sa liberté individuelle. 

“Se faire insulter de vouloir ajouter une tare à la France, c’est beaucoup prétendre par rapport à ma petitesse de l’époque”.

Mauvaises expériences personnelles

Ses origines franco algérien lui causent aussi bien des soucis, par rapport à ses amis qui pouvaient aller chercher du shit sans se faire contrôler. Et puis à un moment de sa vie, il a eu des mauvaises pratiques avec l’alcool. Curieusement, il découvre une sensation différente avec le cannabis. Même en état d’ivresse, il arrive à mieux gérer et réussit même à diminuer sa consommation d’alcool et de tabac. 

Informer pour éviter les mésusages

Il souhaite que les consommateurs puissent mieux connaître les produits. Cela leur permettra de faire la différence entre la résine, la fleur et d’autres extraits. A cause du manque d’informations, il y a beaucoup de mésusages de la plante. Par exemple, on a tendance à mélanger du haschich ou de la résine avec du tabac. Mais grâce à l’émergence du marché du CBD, les produits commencent à être contrôlés, ce qui est prometteur. Pour toutes ces raisons, il a décidé de s’engager dans ce combat, celui de légaliser la plante. Le but est de faire connaître les risques au public et lui permettre de faire un choix éveillé.

Mettre fin à l’hypocrisie par la répression du cannabis

La France a la particularité d’avoir une loi très stricte. S’il y a une liberté qui est souvent mise en avant, c’est celle de l’expression. Pourtant, lorsqu’il est question d’usage du cannabis, que ce soit récréatif ou autre, il y a une forme d’omerta. N’oublions pas que la loi interdit la présentation de l’usage sous un jour favorable. Mais l’essor du CBD brise peu à peu cette loi du silence, en partie grâce à la découverte des nombreux usages du chanvre et des ses bienfaits.

“Au nom de la loi, on s’est interdit de présenter le cannabis sous un jour véridique”.

Ce qui motive Farid depuis 30 ans, c’est aussi l’envie de sortir de l’hypocrisie, et d’apporter des informations justes afin que citoyens et consommateurs aient un avis éveillé sur la question.

Sa position par rapport à la jeunesse qui plonge trop tôt

Quand on commence très jeune avec l’alcool et le cannabis, on peut en tirer de mauvaises expériences: décrochage scolaire, difficulté à se concentrer ou à communiquer, etc. Comme le cerveau n’est pas encore très mature, cela peut sérieusement affecter les fonctions cognitives. Farid est d’avis qu’il ne faut pas diaboliser le cannabis ni stigmatiser les jeunes qui en consomment. En tant que papa, il ne s’est jamais caché en train de consommer de l’herbe, pourtant ses enfants ont une scolarité exemplaire. L’essentiel est de leur offrir une bonne éducation sans pour autant les inciter à fumer. Les jeunes doivent comprendre que c’est mal et que plus tard, ils pourront faire ce qu’ils veulent. Idem pour l’alcool et le tabac qui sont des drogues légales, et pourtant aux conséquences plus graves au niveau physiologique. 

La régularisation pour une meilleure économie

Dans le marché du cannabis, les produits ne sont ni tracés, ni contrôlés, et il y a tout un écosystème qui brasse de l’argent à cause de l’interdiction. Si Farid se bat pour la légalisation, c’est aussi pour faire sortir le cannabis de la rue par la régularisation pour usage adulte. Près d’un millier d’acteurs contrôle le business au sommet de la pyramide, quelque 10.000 au milieu, contrôlent le business au niveau territorial, et 150.000 petites mains du trafic se trouvent tout en bas.

Ces personnes doivent jouir de la régulation du marché, pour créer une plus value économique dans les quartiers. Dans ces zones de non droit, l’économie ne s’améliore pas, le chômage augmente, le trafic est là. Depuis 52 ans que la loi est en place, quatre générations de jeunes sont passés du mauvais côté. Grâce à la régulation, plusieurs métiers comme vendeurs ou de conseillers peuvent émerger dans les cités.

Si Farid Ghehioueche avait le pouvoir de légaliser 

Farid Ghehioueche s’est porté candidat au futur gouvernement Mélenchon, pour le poste de secrétaire d’Etat à la lutte contre les conduites addictives et la régularisation du cannabis. S’il en avait le pouvoir, il dirait au conseil des ministres que faire un monopole serait foncer droit dans le mur, parce qu’ils ne savent pas comment produire, vendre et consommer du cannabis. Ce que l’Etat doit faire, c’est encadrer et favoriser les acteurs du marché, particulièrement au niveau de la production. Il faut mettre les petites unités en avant et non les grosses structures, pour avoir des produits issus de circuits courts et respectueux de la nature. Selon Farid, ce type d’économie permet de valoriser la plante à tous les niveaux possibles, lui qui ne parle plus de fleur mais de fruit.

Cannabis social club: quel modèle pour la France?

Si demain, le cannabis devient légal, Farid Ghehioueche choisirait le modèle associatif pour le cannabis social club. Il est l’un des fondateurs de ce concept, défini par rapport aux lois et conventions internationales, et s’appuyant sur la dépénalisation de l’usage. D’ailleurs, c’est grâce à cela que le modèle s’est beaucoup développé en Espagne, en Belgique et ailleurs dans le monde. L’Uruguay est le seul endroit où le cannabis club s’inscrit dans la loi, avec la mise en place d’un monopole d’Etat. Pourtant, sous la forme d’association à but non lucratif, plusieurs secteurs d’activités pourraient émerger, notamment les cannabistrots et e-shops de cannabis, etc. 

Non au monopole d’Etat, oui à la dépénalisation

Le problème du monopole, c’est que les consommateurs auront un produit standard, qui ne correspond pas forcément à ce qu’ils recherchent au niveau des variétés et des sensations. Par rapport aux bureaux de tabac, le cannabis club est aussi un lieu de consommation encadré, où les produits sont traçables et où il est possible de faire son choix. Farid insiste sur la  dépénalisation de l’usage des drogues et des stupéfiants, par la réforme de la loi du 31 décembre 1970. Comme il s’agit d’un problème de santé publique, la logique est de sortir de la coercition et de la chaîne pénale.

Régulariser pour mettre fin au terrorisme

Dans les pays où le cannabis est aujourd’hui légal, la filière crée des métiers, paie des taxes, des impôts et des cotisations salariales, etc. Si on regarde le trafic, environ 4 milliard d’euros vont directement dans les poches du crime organisé. Farid Ghehioueche affirme que maintenir la prohibition c’est faire une subvention au terrorisme et aux activités criminelles. Cela va de soi, “la légalisation et la réforme de la loi vont permettre aux acteurs d’exister légalement et d’être reconnus comme des commerçants et non des dealers. Ainsi, l’Etat pourra tirer sa dîme des 4 milliards d’euros”. 

Les mobilisations du mois de juin : Cannaparade et l’appel du 18 joint 

Le mois de juin est un mois de mobilisation pour ceux qui veulent la légalisation du cannabis et la dépénalisation de l’usage des drogues

  • Le 4 juin, on a assisté à la Cannaparade, anciennement marche mondiale pour la légalisation du cannabis. Le peuple de l’herbe a démontré qu’on peut militer dans une ambiance festive. 
  • Le 18 juin est une date symbolique qui fait référence à l’appel du général de Gaulles pour la résistance anti-nazi. Dans le monde du cannabis, elle marque la résistance. Depuis 1976, des intellectuels français ont lancé l’appel, mais il est resté un peu dans l’oubli. L’appel du 18 joint a été relancé en 1993 par le cirque, et chaque année, on se rassemble à 18 h pour célébrer ça dans un moment de désobéissance à la loi.
  • Le 26 juin est déclaré journée internationale contre les drogues et le crime organisé par l’ONU. Le message pour cette manifestation est “support don’t punish” ou soutenons plutôt que de punir. Plusieurs associations à travers le monde militent pour que les lois aient une approche tournée  vers la santé publique plutôt que sécuritaire. 

Pour finir, Farid Ghehioueche transmet un message simple mais percutant aux weed lovers: “En mai fais ce qu’il te plaît, en juin fais ce qui te fais du bien”!

Retrouvez plus d’interviews des acteurs et militants sur Parlons Canna, pour avoir des visions différentes concernant le marché du CBD, et vous aider à choisir votre chemin en toute clairvoyance.